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Kheireddine Pacha - +

Kheireddine Pacha

Né en 1823 en Circassie, Kheireddine Pacha, également appelé Kheireddine Ettounsi (le Tunisien), est un homme politique tunisien d’origine circassienne.

Capturé au cours de son enfance dans cette région instable, prise entre le marteau de la Russie et l’enclume ottomane, il est vendu à Istanbul comme esclave au gouverneur militaire d’Anatolie, Tahsin Bey qui le revendra à son tour au Bey de Tunis Ahmed Ier, en 1839. Le jeune mamelouk reçoit une éducation moderne à la cour du Bey où il apprend l’arabe, le turc, l’anglais, le français et le persan, en plus de maîtriser la théologie coranique. Un an après son arrivée à Tunis, le Bey le nomme chef de bataillon de cavalerie, corps réservé aux mamelouks. Dans l’armée, il gravit rapidement les échelons jusqu’au grade de général de division, qu’il atteindra à l’âge  de trente ans. À 34 ans il sera Ministre de la Marine.

Durant cette période, Kheireddine voyage beaucoup, notamment en Europe, où il constate l’énorme fossé qui sépare la Tunisie de cette Europe qui vit sa révolution industrielle. C’est sous l’influence d’un autre voyageur qui a abouti au même constat, le Grand Mufti Cheikh Salem Bouhageb, que Kheireddine Pacha écrira par la suite son fameux livre « Le plus sûr moyen de connaître l’état des nations ». Dans cet ouvrage, il dénonce la décadence du monde arabo-musulman qu’il confronte à une Europe en plein essor scientifique et économique. Il y défend non seulement la proposition d’une relecture moderniste de l’Islam pour garantir le respect de la liberté et des droits fondamentaux, mais il se prononce pour l’institution d’un Etat moderne, contrôlé par des instances représentatives et qui a le devoir de rendre des comptes aux citoyens. C’est en réalité sous la plume de Kheireddine que la véritable notion de citoyenneté s’introduit en Tunisie.

Lorsque le Grand Vizir Mustapha Khaznadar aura ruiné le Royaume de Tunis à travers la mise en œuvre d’une politique financière désastreuse fondée sur l’alourdissement des impôts et l’endettement excessif, Kheireddine Pacha mène une campagne visant à sa destitution. Khaznadar est accusé d’avoir détourné des deniers publics. En 1873, Kheireddine finit par convaincre Sadok Bey de le nommer Grand Vizir, fonction  qu’il occupera pendant quatre années qui vont bouleverser le destin de la Tunisie.

Avant-gardiste, Kheireddine entreprend de nombreuses réformes dans le domaine de la justice, de l’administration et des finances publiques. Mais son apport le plus illustre fut la fondation du Collège Sadiki, qui devient le premier établissement d’enseignement moderne en Tunisie. On y apprend l’arabe, le français, les sciences, la littérature et les mathématiques, ainsi que l’étude du Coran. L’enseignement y est gratuit et ouvert aux élèves de toutes conditions sociales : fils de notables, de commerçants, de fonctionnaires, de paysans et d’ouvriers s’y réunissent. De ce nouveau vivier de l’élite intellectuelle tunisienne émergera quelques années plus tard la  nouvelle génération de réformateurs qui bâtiront le mouvement libération nationale lorsque la France établira le Protectorat en 1881.

En 1877, lorsqu’une sécheresse vient affaiblir l’économie du pays, Kheireddine entreprend de réduire le train de vie de l’Etat. Ayant pointé du doigt la liste civile de la famille beylicale, c’est-à-dire la rente financée par l’impôt, Kheireddine est démis de ses fonctions par le Bey qui ne peut tolérer un tel affront.

Visionnaire, marqué par un sens aigu de la justice et de la liberté, Kheireddine a œuvré pour hisser la Tunisie au rang de société moderne et prospère. Son œuvre a durablement marqué la culture tunisienne, et son esprit a influencé plusieurs générations de libéraux tunisiens.

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Institut Kheireddine © 2012. Tous droits réservés.
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